
L’édition 2006 du Festival « Planète Couleurs », espace de rencontres avec des voyageurs et des peuples du bout du monde venus témoigner du vertige des grands espaces, des rencontres, des musiques et des saveurs lointaines, nous ouvre cette année de nouveaux horizons. De simple « consommateur d’évasion », le voyageur tend à devenir, de plus en plus, un acteur responsable et citoyen du monde. Cette année le Festival des voyages « Planète Couleurs » abordera notamment le thème de la solidarité internationale. Cette initiative est plus que d’actualité.
En effet, regarder le monde qui nous entoure avec des préoccupations et une vision locales est une illusion : alors que nous vivons aujourd’hui dans un monde en interdépendance, ce qui se déroule ici a des répercussions multiples à l’autre bout de la planète et certaines situations sur d’autres continents ont des incidences directes chez nous … Nous devons avoir conscience de cette complexité et ce d’autant plus, quand un collectivité, et c’est le cas du Conseil régional Rhône-Alpes, souhaite activement participer au défi d’une mondialisation juste et équilibrée à travers sa politique de coopération décentralisée.
Pour être efficace, cohérente et participer à ce défi, les actions de solidarité internationale doivent viser le développement durable en cherchant à intégrer les enjeux environnementaux, économiques, politiques et sociaux. Nous devons tous œuvrer pour la promotion d’un mode de développement soutenable, socialement juste, respectueux de l’environnement, et accessible à tous. Nous devons pour cela sortir de la logique néolibérale où l’économie de l’offre produit en quantité et « fabrique des consommateurs » pour les adapter à la production. A contrario, il est impératif de construire une économie fondée sur les biens communs et des services publics mondiaux partagés par tous et accessibles à tous.
Un acteur de la solidarité internationale, qu’il soit public, privé ou associatif, doit également, et c’est selon moi, un point essentiel et préalable à la mise en œuvre de tout projet de coopération, être respectueux des identités et des différences culturelles. Nous nous devons d’accompagner nos partenaires étrangers dans leur recherche d’autonomie sur la base de leurs propres projets: le droit de choisir démocratiquement son modèle de développement local en tenant compte de son histoire, de sa culture est un droit fondamental pour tout peuple car comme l’on dit en Afrique, « seul le propriétaire de la maison sait où le toit fuit ».
Nous avons tous, Etat, collectivités locales, associations, société civile, une responsabilité collective: celle d’encourager l’émergence d’autres relations internationales fondées sur l’autonomie et l’émancipation des individus et des peuples. Nous ne pouvons pas rester avec suffisance derrière une ligne « Maginot » mentale divisant le monde entre les ayants droits et les parias. Un an après la tragédie qui a touchée l’Asie, nous nous devons de ne pas oublier qu’aujourd’hui encore 30 000 enfants meurent chaque jour sur la planète, provoquant toutes les semaines un « tsunami silencieux ».
Pour conclure, je dirais qu’être un acteur efficace de l’aide publique au développement signifie, avoir une ligne de conduite qui ne nous engage ni dans une diplomatie de l’ambulance, ni dans la politique de la pitié, ni dans le rôle de brancardiers d’un ordre défaillant.
Je vous souhaite à tous un très bon festival !
Jean Philippe Bayon.